Droit de réponse. 

Monsieur, 

 Je suis particulièrement étonnée pour ne pas dire choquée, qu’un esprit éclairé par des années d’investigations journalistiques ne vous ait pas donné l’envie de visiter le Lenin Café avant de prendre cette très grande liberté d’en parler sans le connaître. 

 Je crains que les limites de votre ouverture d’esprit ne vous aient pas permis de deviner le clin d’œil du lieu : Il ne s’agit pas d’un lieu de culte mais d’un musée et d’un lieu de convivialité et de réflexion. 

Un musée :

 Le Lenincafé est tout d’abord un Musée qui porte le nom de Lenin parce qu’il expose des ouvrages et des objets relatant son œuvre, sa doctrine, sa vie, son histoire personnelle, celle des Russes et de la Russie, dans le contexte politique, économique et social de la Russie et de l’Europe de l’ouest ou il a vécu et au cours d’une période donnée : de 1870 à 1924.

 Il est important que vous sachiez, pour compléter votre macabre comptabilité « des morts à compte d’auteur » : que le Lenin café ne présente que les œuvres et les objets, concernant la période de la vie de Lenin :1870-1924 (dates de naissance et mort de Lenin),. 

Un lieu de convivialité et de réflexion :

 Notre lieu n’est ni un lieu de prosélytisme, ni un lieu de dévotion à Lenin mais bien un lieu de réflexion, de pensées et de partage avec «le bruit et les débordements » qui s’imposent pour lutter contre la pensée unique, le capitalisme.

 C’est un espace pour les humanistes, qu’ils soient pacifistes, alter-mondialistes, de gauche et ou de droite ; tout un chacun à sa place sur les chaises et les bancs de notre estaminet. 

 Je dois vous dire, qu’hélas vos propos rejoignent ceux entendus de si nombreuses fois et je dirais : encore une fois, ils résument un anti-léninisme primaire. 

 Vous accompagnez le discours et la musique ambiante de tous ceux qui veulent réduire Lenin, sa pensée et son œuvre, au simple pouvoir d’un dictateur sanglant. Les écrits de Marx et d’Engels sont fondateurs de la pensée de Lenin. Il a été plus que le théoricien, plus que celui qui a transformé les écrits de Marx en actions. Il a cru que l’on pouvait dans une société plus juste et plus équitable partager les fruits du travail et partager les terres entre tous les hommes. Il a agi pour cela. J’aime particulièrement cette pensée de Lenin : «il est plus facile d’écrire une révolution que de la faire » 

 Je ne nie aucunement les dizaines de millions de morts dus à la révolution Russe, je les déplore autant que vous, mais il faut dire Monsieur que cela a eu lieu dans le cadre d’une révolution, suivie d’une guerre civile et ce depuis 1905.

 Si mes souvenirs scolaires sont exacts, la révolution française a été le théâtre de massacres tout aussi abominables. Les Danton, Robespierre et autres Fouquier Tinville ont laissé derrière eux un cortège funèbre peu enviable : viendrait-il à l’esprit de nombre de gens (vous peut-être ?) de remettre en cause le bien fondé de cette page de l’histoire de France et de la démocratie ?

 

 Il convient pour être tout à fait honnête dans un droit de réponse de remettre les propos dits, répétés et analysés dans leur contexte et de dire la vérité :

 La seule et vraie révolution Russe à eu lieu à l’automne 1905 : analyser, comme vous le faites, la répression sanglante de 1905 et parler de provocation policière, invalide toute votre analyse critique tant cette année là a été déterminante dans la conduite des évènements qui suivirent le putsch d’octobre 1917.

 Les massacres et les méthodes couverts ou autorisés par l’armée et la police du Tsar n’étaient pas simplement des provocations comme vous le dites …, l’insurrection du peuple et du prolétariat de Moscou puis des villes importantes de Russie, fut écrasée dans le sang et la terreur. Je vous invite à lire ce magnifique ouvrage « Victor Vavitch » écrit par Boris JIVKOV qui relate les évènements de cette année là ou bien les ouvrages de Maxime Gorki.

 Des pogroms anti-juifs, des persécutions, des violences, suivirent, précurseurs de la répression et des méthodes perpétuées sous la période Stalinienne, qui révèlent une volonté du Tsar de sauver son régime à tous prix.

 Et pour clore votre macabre comptabilité dois je vous rappeler que les camps de concentration en Sibérie et ailleurs, les goulags, ne sont pas une invention de Lenin, qui a passé lui même 10 ans de sa vie déporté au bord de la rivière la Lena. 

 Il a signé les premiers articles de son journal, ISKRA, sous ce pseudonyme Lenin inspiré de la Lena alors qu’il était clandestinité. 

 Monsieur, 

 Oui, je le dis, je l’affirme, je ne veux pas plus aujourd’hui qu’en 1917, de ce monde, de ce concept de « travailleur pauvre» qui érige la précarité en règle sociale. 

 Aujourd’hui comme en 1789 ou en 1917, tout est à redire, tout est à refaire et plutôt que de perdre un temps précieux à réécrire une histoire qui nous sépare, nous avons des combats plus efficaces à mener. 

 Des combats pour penser librement, au Lenin Café ou ailleurs afin que la démocratie perdure et que le « pyjama orange » ne nous guette pas à la première expression de pensée subversive.

  Martine Thouet

5 Mai 2009.