Guerre froide autour de Lénine en Anjou
Martine Thouet, la patronne du Lenin Café : Ouest-France
A Chalonnes-sur-Loire, près d’Angers, le Lénin café est un
bistrot-guinguette à la gloire de Lénine où chacun peut débattre autour
d’une vodka ou un verre de Layon. «
On y voit aussi bien des gens de gauche que des Sarkosystes »,
se plait d’ailleurs à dire la patronne, Martine Thouet, intarrissable
quand il s’agit de raconter des anecdotes sur l’ancien chef
révolutionnaire. A part une poignée de riverains qui se plaignent du
bruit, jamais personne n’avait bronché sur l’existence de ce lieu
culturel. Jamais, jusqu’à dimanche. Car le café-musée organisait ce
week-end un festival de musique, soutenu notamment par la mairie
socialiste de Chalonnes ainsi que la région des Pays de la Loire. Stella
Dupont, le maire, précise qu’elle ne fait «
pas l’apologie de ce lieu » mais
qu’elle « apprécie
l’animation qu’il apporte ».
De l’argent public pour fêter Lénine ? Scandaleux ! estime le président
de l’Association des maires, Jean-Luc Davy, qui a mobilisé des élus et
cadres de l’UMP, dimanche, pour un rassemblement contre les «
victimes du totalitarisme ». En plein festival…
La droite est-elle allée trop loin ? Ou, au contraire, était-elle dans
son rôle en organisant ce contre-rassemblement ? Mais encore : faut-il
faire l’apologie d’un lieu à la gloire d’un personnage qui décida de
l’enferment de milliers de personnes dans les goulags ? Pour l'UMP, la
réponse est évidente : «
Lénine ne nous fait pas rire même au 3ème degré, estime
Catherine Deroche, la secrétaire départementale. Les
déportés des goulags devaient modéremment apprécier le sens de l'humour
du personnage ». Et d'ajouter : «
Que des "bobos" en mal de sensations jouent aux nouveaux
révolutionnaires dans un café branché est une chose. Mais que des
collectivités locales votent un soutien, même modique, à un festival
portant le nom de Lénine, en est une autre ! »
A gauche, les élus socialistes et républicains estiment que
l’Association des maires est allée trop loin. Qu’elle a été «
instrumentaliséeé » par
l’UMP. Ils réclament la démission de son président, Jean-Luc Davy,
allant même jusqu’à dire : «
La droite angevine nous impose un retour à la guerre froide ! » Un
président des maires mal à l’aise, qui ne répond plus à son téléphone,
étonnament, depuis le début de la polémique...
Arnaud WAJDZIK.