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mardi 16 juin 2009

Guerre froide autour de Lénine en Anjou

Ouest-France
Martine Thouet, la patronne du Lenin Café : Ouest-France

 

A Chalonnes-sur-Loire, près d’Angers, le Lénin café est un bistrot-guinguette à la gloire de Lénine où chacun peut débattre autour d’une vodka ou un verre de Layon. « On y voit aussi bien des gens de gauche que des Sarkosystes », se plait d’ailleurs à dire la patronne, Martine Thouet, intarrissable quand il s’agit de raconter des anecdotes sur l’ancien chef révolutionnaire. A part une poignée de riverains qui se plaignent du bruit, jamais personne n’avait bronché sur l’existence de ce lieu culturel. Jamais, jusqu’à dimanche. Car le café-musée organisait ce week-end un festival de musique, soutenu notamment par la mairie socialiste de Chalonnes ainsi que la région des Pays de la Loire. Stella Dupont, le maire, précise qu’elle ne fait « pas l’apologie de ce lieu » mais qu’elle « apprécie l’animation qu’il apporte ». 

De l’argent public pour fêter Lénine ? Scandaleux ! estime le président de l’Association des maires, Jean-Luc Davy, qui a mobilisé des élus et cadres de l’UMP, dimanche, pour un rassemblement contre les « victimes du totalitarisme ». En plein festival…

La droite est-elle allée trop loin ? Ou, au contraire, était-elle dans son rôle en organisant ce contre-rassemblement ? Mais encore : faut-il faire l’apologie d’un lieu à la gloire d’un personnage qui décida de l’enferment de milliers de personnes dans les goulags ? Pour l'UMP, la réponse est évidente : « Lénine ne nous fait pas rire même au 3ème degré, estime Catherine Deroche, la secrétaire départementale. Les déportés des goulags devaient modéremment apprécier le sens de l'humour du personnage ». Et d'ajouter : « Que des "bobos" en mal de sensations jouent aux nouveaux révolutionnaires dans un café branché est une chose. Mais que des collectivités locales votent un soutien, même modique, à un festival portant le nom de Lénine, en est une autre ! »

A gauche, les élus socialistes et républicains estiment que l’Association des maires est allée trop loin. Qu’elle a été « instrumentaliséeé » par l’UMP. Ils réclament la démission de son président, Jean-Luc Davy, allant même jusqu’à dire : « La droite angevine nous impose un retour à la guerre froide ! » Un président des maires mal à l’aise, qui ne répond plus à son téléphone, étonnament, depuis le début de la polémique...

Arnaud WAJDZIK.