32 îliens déposent une plainte contre le Lénin café

Pierrick Cassin, derrière Marcel et Émilienne Desgranges, sont les plus
proches voisins du Lénin café.
Lénine n'a pas que des camarades, à Chalonnes. Un
collectif d'habitants de la Basse-Île s'est formé. Pour eux, un café-concert
n'a pas sa place sur ces terres paisibles.
« Un endroit comme ça, c'est bon en ville. »
Pierrick Cassin n'a pas de chance. En 2005, un an avant
l'ouverture du Lénin café, il a acheté la maison mitoyenne ! Or lui, sa
passion, c'est la pêche : « Je me couche tôt et
je me lève tôt. » Après 13 ans de vie
parisienne, le lieu lui avait plu... « pour la
tranquillité ».
Comble de malchance, sa cheminée est aussi mitoyenne avec celle du Lénin.
21 concerts, l'an dernier, ça ne passe pas inaperçu dans le salon !
« Les soirs de concerts, je vais au cinéma à
Angers... à la dernière séance. »
Ajoutez à ça les files de voiture qui stationnaient tout au long de la
petite route. « Il m'est arrivé de ne pas
pouvoir rentrer chez moi ! »
Ou alors, comme raconte Émilienne Desgranges, dans l'autre maison
voisine, « c'est le camion du laitier qui ne
pouvait pas passer ! »
Une médiation a donc été tentée, en décembre dernier, entre les îliens
et les Amis du Lénin café, à la mairie. « Martine
Thouet a promis de faire une isolation phonique. Mais, en
décembre-janvier, on n'a pas vu de différence »,affirme
Pierrick Cassin.
Alors, la guerre ? « Non, je n'ai rien contre
le Lénin. Je voudrais juste qu'ils arrêtent les concerts. C'est un
musée-bar. Je voudrais qu'ils s'en tiennent là. »
« Elle a fait des efforts »
Et il n'est pas le seul. Jeudi dernier, 32 habitants de la
Basse-Île ¯ soit la quasi-totalité ¯ ont déposé une plainte pour
non-respect des limitations du nombre de représentations.
En effet, le Lénin a une simple licence de débit de boisson. Selon la
loi, il ne peut programmer plus de six concerts par an. « Il
y en a déjà 11 au programme jusqu'en juin »,déplore
le voisin.
Il en convient pourtant : ça va beaucoup mieux. « Les
clients vont maintenant se garer dans le champ derrière. Ils ne jettent
plus leurs mégots et leurs canettes dans mon jardin. »
Et les dernières soirées ont été calmes.
Émilienne Desgranges acquiesce : « Martine,
elle a fait des efforts. Mais on est fatigués. »
Il faut dire que l'île de Chalonnes, c'est un petit monde à
part. Avec une histoire, un rythme, une communauté où l'on s'entraide,
lorsque la Loire inonde les rez-de-chaussées. « Celui
qui va en barque chercher le courrier à la poste, ramène le courrier des
autres. Ou le pain... » Alors, pour être accepté ici,il faut
user de délicatesse.
« Au début, on a laissé faire le bruit, pour ne
pas passer pour des gens grognons, poursuit Émilienne.
Mais 21 concerts, c'était beaucoup trop. Et le festival n'a pas arrangé
les choses. » Même si, elle le reconnaît,
« c'était très bien organisé, et avec de la
belle musique ».
Cette année, le festival se tiendra à Chalonnes, mais pas dans l'île. Le
Lénin, c'est un peu comme la Loire. Faut juste éviter qu'il y ait, comme
dit Émilienne... « du débordement ».
Claudine QUIBLIER.
Ouest-France