lundi 20 avril 2009

32 îliens déposent une plainte contre le Lénin café

Pierrick Cassin, derrière Marcel et Émilienne Desgranges, sont les plus proches voisins du Lénin café.

Lénine n'a pas que des camarades, à Chalonnes. Un collectif d'habitants de la Basse-Île s'est formé. Pour eux, un café-concert n'a pas sa place sur ces terres paisibles.

« Un endroit comme ça, c'est bon en ville. » Pierrick Cassin n'a pas de chance. En 2005, un an avant l'ouverture du Lénin café, il a acheté la maison mitoyenne ! Or lui, sa passion, c'est la pêche : « Je me couche tôt et je me lève tôt. » Après 13 ans de vie parisienne, le lieu lui avait plu... « pour la tranquillité ».

Comble de malchance, sa cheminée est aussi mitoyenne avec celle du Lénin. 21 concerts, l'an dernier, ça ne passe pas inaperçu dans le salon ! « Les soirs de concerts, je vais au cinéma à Angers... à la dernière séance. »

Ajoutez à ça les files de voiture qui stationnaient tout au long de la petite route. « Il m'est arrivé de ne pas pouvoir rentrer chez moi ! » Ou alors, comme raconte Émilienne Desgranges, dans l'autre maison voisine, « c'est le camion du laitier qui ne pouvait pas passer ! »

Une médiation a donc été tentée, en décembre dernier, entre les îliens et les Amis du Lénin café, à la mairie. « Martine Thouet a promis de faire une isolation phonique. Mais, en décembre-janvier, on n'a pas vu de différence »,affirme Pierrick Cassin.

Alors, la guerre ? « Non, je n'ai rien contre le Lénin. Je voudrais juste qu'ils arrêtent les concerts. C'est un musée-bar. Je voudrais qu'ils s'en tiennent là. »

« Elle a fait des efforts »

Et il n'est pas le seul. Jeudi dernier, 32 habitants de la Basse-Île ¯ soit la quasi-totalité ¯ ont déposé une plainte pour non-respect des limitations du nombre de représentations.

En effet, le Lénin a une simple licence de débit de boisson. Selon la loi, il ne peut programmer plus de six concerts par an. « Il y en a déjà 11 au programme jusqu'en juin »,déplore le voisin.

Il en convient pourtant : ça va beaucoup mieux. « Les clients vont maintenant se garer dans le champ derrière. Ils ne jettent plus leurs mégots et leurs canettes dans mon jardin. » Et les dernières soirées ont été calmes.

Émilienne Desgranges acquiesce : « Martine, elle a fait des efforts. Mais on est fatigués. » Il faut dire que l'île de Chalonnes, c'est un petit monde à part. Avec une histoire, un rythme, une communauté où l'on s'entraide, lorsque la Loire inonde les rez-de-chaussées. « Celui qui va en barque chercher le courrier à la poste, ramène le courrier des autres. Ou le pain... » Alors, pour être accepté ici,il faut user de délicatesse.

« Au début, on a laissé faire le bruit, pour ne pas passer pour des gens grognons, poursuit Émilienne. Mais 21 concerts, c'était beaucoup trop. Et le festival n'a pas arrangé les choses. » Même si, elle le reconnaît, « c'était très bien organisé, et avec de la belle musique ».

Cette année, le festival se tiendra à Chalonnes, mais pas dans l'île. Le Lénin, c'est un peu comme la Loire. Faut juste éviter qu'il y ait, comme dit Émilienne... « du débordement ».
 
Claudine QUIBLIER.
Ouest-France