Le Lénin café célèbre un tyran ou un sauveur ?

Martine Thouet, à travers le Lenin café et son ouvrage, veut
défendre l'image d'un Lénine pacifiste.
Elle est la pasionaria du Lenin café, à Chalonnes. Et
voilà que Martine Thouet publie un livre titré : Je voudrais être Lénine.
C'est grave, docteur ?
Elle a gagné son pari, Martine Thouet, la « tornade rouge » : son Lenin
café est devenu une adresse incontournable. Un pari pas gagné d'avance,
pourtant ! Oser investir une ancienne ferme perdue au fin fond d'une
île, à Chalonnes, vouloir en faire un lieu festif où foisonnent
spectacles, rencontres, débats... l'audace frisait l'inconscience !
Sauf qu'elle avait sa botte secrète, Martine Thouet : le culte qu'elle
cultivait depuis toujours pour le père de la Révolution russe allait
servir de fil... rouge à l'aventure. Depuis le temps qu'elle accumulait
les reliques de Lénine, à chaque séjour dans les anciens pays de l'Est :
bustes, posters, tableaux... Voilà qui marquerait d'une façon originale
son engagement communiste. Ue façon cocasse et pétillante... comme
Martine Thouet elle-même.
C'est ainsi qu'est né le Lenin café il y a deux ans : un lieu de
rencontres et de culture, un mausolée pour rire (encore que)... Mais qui
cultive une vraie fidélité aux idéaux de Vladimir Illitch Oulianov. Une
vraie fidélité à ses idéaux, mais pas forcément aux réalités de la
Révolution russe. C'est tout le débat, relancé à l'occasion de la sortie
du livre que vient de publier Martine Thouet et intitulé Je voudrais
être Lénine.
Je voudrais être Lénine : votre nostalgie de Lénine va
jusqu'à l'identification ! Cette fois, c'est grave, docteur ?
C'est ma façon d'enraciner tous les combats que j'ai pu mener- je me
place dans le sillage de « l'homme agissant »- et de ne pas me contenter
de faire de l'agitation. Même si on est minoritaire, il est toujours
temps d'agir. Lénine l'a prouvé en 1917 : à force de volonté, de
détermination, de sincérité, il a réussi à imposer LA révolution à
150 millions de Russes en étant à la tête de 150 000 mencheviks.
Vous en faîtes une icône. En oubliant qu'au-delà d'une utopie
qui se veut généreuse, il a mis en place une épouvantable machine à
broyer et à tuer...
Faux. Ne me dites pas que, lorsqu'il a élaboré sa doctrine sur le
système collectiviste dans les années 1900, il avait pour but de mettre
en place cette « machine à tuer »... Et lorsque la révolution est
arrivée, sur fond de guerre mondiale, ce n'est pas une machine
répressive, qu'il devait mettre en place, mais une machine défensive
face aux Blancs prêts à tout pour protéger leurs privilèges. Et il
fallait se sortir de cette guerre terrible qui avait engendré une famine
gigantesque. Alors Lénine bourreau ou tyran, pas d'accord. Lénine
sauveur, oui !
Mais pourquoi avoir édifié ce temple à la gloire de Lénine ?
C'est de l'idolâtrie...
C'est un musée, pas un temple ! Qui compte 1 500 pièces. Lénine, on n'a
pas cessé de lui taper dessus depuis sa mort en 1924. De lui mettre tous
les maux sur le dos : ce n'est pas lui qui a inventé le goulag, que je
sache !
Je n'ai pas dit que c'était un homme parfait, j'ai dit que c'était un
homme important. Pourquoi célébrer Marx et rejeter celui qui a mis ses
principes en musique ? Vous ne trouvez pas qu'on n'a jamais eu autant
besoin d'un Lénine, aujourd'hui ? Tout est par terre. Tout est à
refaire ! Le rêve qu'il a porté n'a jamais existé, pas plus que le parti
communiste lui-même ! Tout reste à réaliser. Formidable !
Vous avez forcé la main des autorités locales, en créant ce
lieu. Le bras de fer sur le permis de construire s'est conclu à votre
avantage en août dernier. C'est ce qui a suscité les problèmes de
voisinage, dans l'île ?
C'est sûr, le Lenin café a bousculé les habitudes, suscité des
inquiétudes. La tension a été réelle, en juin, lorsque j'ai annoncé que
nous organisions un festival. Certains ont cru à Woodstock. Nous nous
connaissons tous : on s'est expliqué et tout va bien. D'avril à octobre,
nous avons proposé 21 concerts ! Et ça va continuer !
Recueilli par Alain MACHEFER.
• Je voudrais être Lénine aux Editions Les points sur les I.
Tarif : 15 €.
Ouest-France