mardi 30 décembre 2008

Le Lénin café célèbre un tyran ou un sauveur ?

Martine Thouet, à travers le Lenin café et son ouvrage, veut défendre l'image d'un Lénine pacifiste.

Elle est la pasionaria du Lenin café, à Chalonnes. Et voilà que Martine Thouet publie un livre titré : Je voudrais être Lénine. C'est grave, docteur ?

Elle a gagné son pari, Martine Thouet, la « tornade rouge » : son Lenin café est devenu une adresse incontournable. Un pari pas gagné d'avance, pourtant ! Oser investir une ancienne ferme perdue au fin fond d'une île, à Chalonnes, vouloir en faire un lieu festif où foisonnent spectacles, rencontres, débats... l'audace frisait l'inconscience !

Sauf qu'elle avait sa botte secrète, Martine Thouet : le culte qu'elle cultivait depuis toujours pour le père de la Révolution russe allait servir de fil... rouge à l'aventure. Depuis le temps qu'elle accumulait les reliques de Lénine, à chaque séjour dans les anciens pays de l'Est : bustes, posters, tableaux... Voilà qui marquerait d'une façon originale son engagement communiste. Ue façon cocasse et pétillante... comme Martine Thouet elle-même.

C'est ainsi qu'est né le Lenin café il y a deux ans : un lieu de rencontres et de culture, un mausolée pour rire (encore que)... Mais qui cultive une vraie fidélité aux idéaux de Vladimir Illitch Oulianov. Une vraie fidélité à ses idéaux, mais pas forcément aux réalités de la Révolution russe. C'est tout le débat, relancé à l'occasion de la sortie du livre que vient de publier Martine Thouet et intitulé Je voudrais être Lénine.



Je voudrais être Lénine : votre nostalgie de Lénine va jusqu'à l'identification ! Cette fois, c'est grave, docteur ?

C'est ma façon d'enraciner tous les combats que j'ai pu mener- je me place dans le sillage de « l'homme agissant »- et de ne pas me contenter de faire de l'agitation. Même si on est minoritaire, il est toujours temps d'agir. Lénine l'a prouvé en 1917 : à force de volonté, de détermination, de sincérité, il a réussi à imposer LA révolution à 150 millions de Russes en étant à la tête de 150 000 mencheviks.

Vous en faîtes une icône. En oubliant qu'au-delà d'une utopie qui se veut généreuse, il a mis en place une épouvantable machine à broyer et à tuer...

Faux. Ne me dites pas que, lorsqu'il a élaboré sa doctrine sur le système collectiviste dans les années 1900, il avait pour but de mettre en place cette « machine à tuer »... Et lorsque la révolution est arrivée, sur fond de guerre mondiale, ce n'est pas une machine répressive, qu'il devait mettre en place, mais une machine défensive face aux Blancs prêts à tout pour protéger leurs privilèges. Et il fallait se sortir de cette guerre terrible qui avait engendré une famine gigantesque. Alors Lénine bourreau ou tyran, pas d'accord. Lénine sauveur, oui !

Mais pourquoi avoir édifié ce temple à la gloire de Lénine ? C'est de l'idolâtrie...

C'est un musée, pas un temple ! Qui compte 1 500 pièces. Lénine, on n'a pas cessé de lui taper dessus depuis sa mort en 1924. De lui mettre tous les maux sur le dos : ce n'est pas lui qui a inventé le goulag, que je sache !

Je n'ai pas dit que c'était un homme parfait, j'ai dit que c'était un homme important. Pourquoi célébrer Marx et rejeter celui qui a mis ses principes en musique ? Vous ne trouvez pas qu'on n'a jamais eu autant besoin d'un Lénine, aujourd'hui ? Tout est par terre. Tout est à refaire ! Le rêve qu'il a porté n'a jamais existé, pas plus que le parti communiste lui-même ! Tout reste à réaliser. Formidable !

Vous avez forcé la main des autorités locales, en créant ce lieu. Le bras de fer sur le permis de construire s'est conclu à votre avantage en août dernier. C'est ce qui a suscité les problèmes de voisinage, dans l'île ?

C'est sûr, le Lenin café a bousculé les habitudes, suscité des inquiétudes. La tension a été réelle, en juin, lorsque j'ai annoncé que nous organisions un festival. Certains ont cru à Woodstock. Nous nous connaissons tous : on s'est expliqué et tout va bien. D'avril à octobre, nous avons proposé 21 concerts ! Et ça va continuer !

Recueilli par Alain MACHEFER.

• Je voudrais être Lénine aux Editions Les points sur les I. Tarif : 15 €.
 
Ouest-France