vendredi 1 septembre 2006

La tornade rouge du Lenin Café de Chalonnes

Il est partout, Lénine : en buste, en bas-relief, en gravure, de l'évier jusqu'aux toilettes du Lenin-Cafe.

Martine Thouet a réussi son pari : donner les couleurs de la fête à sa passion pour Lénine. En faisant de son Lenin Café un lieu de spectacles et de débats.

Quand il a franchi la porte du Lenin-Café, mercredi, son regard s'est éclairé. D'un coup, il retrouvait ses vingt ans. Les troupes russes qui sont venues le libérer des camps de prisonniers en Prusse orientale. Les combats militants de sa jeunesse. Le compagnonnage avec Maurice Thorez. Communiste et fier de l'être, Maurice Lamoureux. En fond sonore, Marc Ogeret égrène les chants révolutionnaires de sa voix chaude et rocailleuse. Avec, évidemment, l'Internationale pour couronner le tout. Là, Martine Thouet s'est tournée vers la chaîne hi-fi pour monter le son...

Nous sommes au Lenin-Café de Chalonnes. Et Martine Thouet, c'est la « bistrotière rouge ». Son compagnonnage avec Lénine remonte à... des décennies. Inspecteur du Trésor, sa carrière de perceptrice l'a conduite jusqu'à Chalonnes. C'est là que son militantisme l'a toujours ramenée. Via la CGT et le Parti communiste. Passionnée, pasionaria, quitte à se mettre en délicatesse avec la ligne du Parti.

Mais de là à tomber dans le culte de Vladimir Illitch Oulianov et de ses excès !

« Laissez-moi cultiver « mon » Lénine comme je l'entends : celui que j'aime, c'est celui qui a réussi à imposer LA révolution à 150 millions de Russes en étant à la tête de 150 000 mencheviks. Le Lénine que je garde, c'est celui qui va de 1870 à 1924. Je ne suis pas comptable des crimes que l'on a commis en son nom après ! Mon fil rouge, c'est Louise Michel, Marx et Lénine... » lance-t-elle dans un grand éclat de rire.

Le rire, c'est la force de vie de Martine Thouet, la tornade rouge. Excessive jusqu'au bout. « Une force de vie qui transpirait de Lénine lui-même : je veux le rendre sympa, en finir avec l'image tragique que ses habituels contempteurs peuvent véhiculer ! »

Sa passion pour le père de la Révolution russe se traduit concrètement depuis des années : des bustes, des posters, des tableaux se sont accumulés chez Martine Thouet. Jusqu'à ce que jaillisse l'idée qui allait lui permettre de fédérer les gens qui lui ressemblaient : transformer l'ancienne ferme qu'elle avait achetée au fond de l'île basse de Chalonnes en « Lénine Café ». Un café associatif où les camarades prendraient le relais lorsqu'elle aurait à repartir dans les Balkans pour continuer sa mission au nom de la communauté européenne auprès des pays candidats à l'adhésion, son job de ces dernières années. Un café festif où foisonneraient spectacles, rencontres, débats. Une association s'est constituée pour donner une colonne vertébrale au projet, qui regroupe plus de 200 camarades. Un café qui met en scène toutes les « reliques » accumulées par Martine Thouet au cours de ses voyages dans les pays de l'Est.

Le bouche à oreille aura suffi. Tout l'été, les touristes ont fait halte : le café est sur l'itinéraire de la Loire à vélo. Et les réseaux fonctionnent dès qu'un groupe, un chanteur vient se produire dans cet improbable lieu culturel. Les vieux communistes viennent s'y retrouver en lui disant, les larmes aux yeux : « Merci d'avoir eu ce courage. » Comme Marcel Lamoureux.

Alain MACHEFER.

Les rendez-vous du week-end au Lenin-Café. Ce soir vendredi 1er septembre à 19 h 30 : repas russe ; à 21 h : un groupe de rock mélodique, Asthene Café. Samedi 2 septembre à 19 h 30 : repas espagnol ; à 21 h : du flamenco avec Hola y Toca. Samedi 23 septembre : conférence-débat avec le biographe de Lénine Jean-Jacques Marie. Café ouvert du mercredi au dimanche à partir de 17 h 30. Contact : lenincafe@gmail.com